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des coulisses de la série

 

 

Nouveau Animeland n° 87
Jacques CARDONA
Portrait de voix

Jacques CARDONA a interprété, à l'âge de 37 ans sous le nom du "Groupe Apollo" des génériques de dessins animés cultes : les mystérieuses cités d'or, Ulysse revient, inspecteur Gadget, etc
Il nous raconte comment tout ceci est arrivé ...

 

AnimeLand : Jacques CARDONA, bonjour. Quel souvenir gardez-vous des génériques de dessins animés que vous avez chantés ?

Jacques Cardona : Je garde le souvenir de mon premier voyage aux États Unis puisque c'était en 1983 ; j'étais à l'époque co-manager de mon studio d'enregistrement, le studio Condorcet à Toulouse, où s'enregistraient régulièrement toutes les productions de Haïm SABAN bien avant qu'il devienne le grand propriétaire du network américain. Ses artistes étaient Shuki et Aviva, Noam - qui était un tout petit garçon de 8 ou 9 ans - et Mike BRANT pour qui j'ai fait la musique de Donne un peu de toi et qui était un grand ami personnel (par contre, il ne faisait pas partie de l'équipe SABAN). Ils sont venus enregistrer dans les années 1974-75 et c'est là que j'ai connu Noam jusqu'au jour où, à 12 ans, au milieu d'une chanson, sa voix cassée et nous avons assisté au début de sa mue ; de ce fait il ne pouvait plus chanter avec la magnifique voix d'enfant qu'il avait auparavant.
Puis Haïm SABAN est parti avec Shuki LEVY conquérir les États-Unis et je ne les ai pas revus pendant 5 ou 6 ans, jusqu'au jour où en avril 1983, Haïm m'a appelé pour me dire : "Est-ce que cela te plairait de venir à Los Angeles ? Parce que je réalise toutes les musiques de dessins animés franco-japonais et j'aimerais que tu viennes chanter les versions françaises de ces génériques". Je suis donc parti avec mon épouse et j'ai passé trois semaines à Los Angeles qui ont été trois semaines de travail. J'ai effectivement enregistré les versions françaises de Ulysse revient, Les mystérieuses cités d'or (un générique magnifique), Inspecteur Gadget, Frank chasseur de fauves (une série télé) et également The secret of the Selenites, la version anglaise du dessin animé Le secret des Sélénites.

AL : On a du mal à reconnaître votre voix sur Inspecteur Gadget. Elle était trafiquée ?

JC : Il faut savoir que j'ai dû enregistrer en tout 14 versions différentes : une dizaine à Los Angeles et encore quatre autres à Paris. A l'époque, le dessin animé était en production et l'on ne savait pas à quoi ressemblerait la voix française du personnage. C'est pour cela que nous avons fait plusieurs essais et c'est drôle, car parmi toutes ces versions, celle qui a été retenue (une que j'ai fait à Paris) n'a finalement rien à voir avec la voix de l'inspecteur Gadget que nous connaissons. Dans la chanson, on ne reconnaît pas ma voix car on l'a modifiée, en effet ; on a fait des voix un peu "téléphone", un peu pincées. On a d'ailleurs perdu le master du playback et depuis je n'ai jamais pu rechanter sur la musique originale.

AL : Justement la plupart des masters de ces musiques de dessins animés ont été perdus, savez-vous pourquoi ?

JC : Haïm SABAN et Shuki LEVY avaient acheté à Los Angeles des locaux commerciaux dans lesquels ils avaient tous leur bureaux et studios, et comme ces dessins animés ont eu un énorme succès dans le monde entier, les copies devaient partir sans arrêt en Europe, en Asie, en Australie, en Afrique du sud, c'était très dur à gérer ; je ne sais pas comment ils ont fait mais c'est vrai que les véritables masters originaux ont été perdus.

AL : Vous êtes l'interprète du second générique d'Ulysse 31, mais qui faisait la voix de Nono ?

JC : C'était moi. Nous utilisions pour la première fois un truc tout nouveau qui venait de sortir : l'Harmonizer. C'était un appareil qui pouvait doubler, élargir et mettre les voix en stéréo. D'ailleurs aujourd'hui on utilise souvent ce genre de truc pour préserver l'anonymat vocal. C'était très embêtant de travailler avec car, ma voix sortant une demie seconde après avoir parlé, il fallait que j'anticipe pour chanter plus vite. En gros, je devais chanter faux et un demi temps en avance pour que la voix soit juste. J'ai cru devenir dingue tant l'exercice était complexe. J'ai mis plus d'une heure, mais j'y suis parvenu quand même.

AL : Quel générique avez-vous préféré chanter ?

JC : Je ne sais pas ! Chaque générique avait sa couleur particulière, donc je prenais un plaisir particulier pour chaque chanson. Je crois que le plus pénible a été Inspecteur Gadget à cause des multiples versions, mais le plus rigolo a été Lucky Luke (Bang Bang Lucky Luke). Je n'ai pas arrêté de rire en l'enregistrant ! Sinon, d'une manière générale, tout ceci a été un passage très intéressant de ma vie d'artiste.

AL : Pourquoi avoir choisir le pseudonyme du groupe Apollo ?

JC : A l'époque où j'ai enregistré ce chansons, mon studio était en pleine expansion et comme vous le savez sans doute en France, on est particulièrement doué pour mettre des étiquettes sur les gens. Je n'ai pas eu peur pour mon image de marque, mais j'ai préféré garder l'anonymat. Mais j'insiste : je n'ai aucunement honte de mon travail, j'ai vraiment aimé faire ces chansons. D'ailleurs, si c'était à refaire aujourd'hui, j'assumerai mon identité. Et puis ce nom Apollo servait aussi à d'autres artistes de la "famille Saban", comme Noam, Lionel LEROY (Ulysse 31, Goldorak 82) ou même Shuki LEVY (Vegas)

AL : On vous connaît pour avoir été auteur, compositeur de grands artistes français que sont Mike BRANT, Marie MYRIAM, Michel SARDOU, Johnny HALLYDAY, Lara FABIAN et surtout le groupe GOLD. Comment se sont passées ces rencontres ?

JC : GOLD s'appelait avant les GOLDFINGERS, et c'était un groupe de bals. Comme ils étaient amoureux de la chanson anglo-saxonne, au lieu de reprendre les tubes qui faisaient danser les gens dans les bals, ils reprenaient tous les tubes des hit-parades britanniques. En fait leur bal était un véritable concert. Ils étaient très connus sur Toulouse et je m'étais lié d'amitié avec Emile, le chanteur, alors ils sont venus enregistrer au studio leur premier disque régional. Un jour, ils ont décidé de faire un disque plus professionnel destiné au national et tout est parti de là. Ils ont remporté un énorme succès de 1985 à 1988 : je parle du premier album dans lequel il y avait tous les tubes : Plus près des étoiles, Capitaine Abandonné, Calicoba, etc. dont j'ai eu l'honneur et le bonheur de faire les textes sur leurs musiques et sur les merveilleux arrangements de Bernard MAZAURIC. Leur réussite a été pour moi une fierté extraordinaire.

AL : Les avez-vous suivis jusqu'à leur séparation ?

JC : Non, nous nous sommes quittés un peu avant. C'était un peu triste, mais j'ai alors rencontré en 1987 une autre artiste formidable, Marie MYRIAM dont je connaissais l'époux. J'ai signé la musique de Tout est pardonné où je chante avec elle. Il y a eu ensuite un album, puis , en 1988, comme je commençais à être connu dans le métier, RTL m'a proposé de composer la chanson d'une jeune artiste de 17 ans qui allait représenter le Luxembourg à l'Eurovision. C'était Lara FABIAN qui avait déjà une superbe voix et qui me connaissait à travers les chansons de GOLD. Nous nous sommes très bien entendu et j'ai fait la musique de Croire dont le texte a été écrit par Alain GARCIA, compagnon de Jacqueline TORDLMAN (directrice de Saban Records en France !). Lara a terminé troisième et celle qui a gagné à l'époque était Céline DION ! C'est drôle !
Ensuite, elle est partie faire carrière au Canada, et pendant 10 ans je ne l'ai plus vue. Quand j'ai su qu'elle revenait en France avec le succès qu'on lui connaît, j'ai été la voir sur scène et nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre ; Lara je la considère comme ma petite sœur ; Marie (MYRIAN) et Rose LAURENS, sont pour moi mes grandes sœurs. J'ai pris énormément de plaisir à travailler avec ces femmes. Puis ensuite, il y a eu Michel SARDOU pour qui j'ai composé quelques chansons, j'ai co-réalisé avec Georges AUGIER DE MOUSSAC, l'album Cadillac pour Johnny où j'ai fait trois ou quatre musiques avec lui, dont les textes sont de Etienne RODA-GIL, immense auteur connu pour avoir fait les textes des chansons de Julien CLERC.

AL : Qu'avez vous fait dans les années 90 ?

JC : Pendant trois ans, j'ai fait de la musique sous l'image, parce que j'adore le cinéma. J'ai commencé par des films institutionnels dans lesquels j'ai fait de la musique et des commentaires (textes) pour Airbus Industrie, Alcatel, Matra Espace ... C'était tout autre chose mais quand même de la création artistique. J'y ai beaucoup appris, à tel point que je suis devenu réalisateur de films institutionnels.

AL : Avez-vous une actualité ?

JC : Depuis 4 ou 5 ans, je me suis mis en retrait par rapport à la chanson de "variété". Je prépare un album "classique" avec des chœurs d'opéra.

AL : Quels sont vos loisirs ?

JC : J'adore tout ce qui est artistique et dépassement de soi : le sport, la musique mais plus tournée maintenant vers le classique. Et j'adore le théâtre anglo-saxon et les films anglais. J'aime regarder le sport à la télévision ; j'ai fait beaucoup de rugby au niveau universitaire pendant 2 ans, du foot, du judo, du karaté, de l'aïkido, d'une manière sérieuse et j'ai arrêté quand j'ai eu mon studio d'enregistrement qui me prenait 20 heures sur 24. Ensuite, j'ai repris le vélo jusqu'à 45 ans et puis de temps en temps, je fais un peu de natation dans la piscine, mais quand il fait chaud !

AL : Jacques CARDONA, merci beaucoup !

Interview réalisée par Richard TRUMEL
avec la participation de Rui PASCOAL
Cette biographie est issue du magazine Animeland n° 87- décembre 2002 / Janvier 2003

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