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des coulisses de la série

 

 

3- Yoko / été 1996
Bernard DEYRIÈS - [
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Cet interview est issu de feu le magazine Yoko, qui se disait être " La bible des mangas " Paix à son âme :-)

 

En 1990, il a fondé avec Christian Choquet et Guy Delcourt la société de dessin animé Story. Mais l'aventure avait débuté bien avant en compagnie de Jean CHALOPIN avec qui il a réalisé quelques unes des plus belles séries françaises.

Yoko : Quand et comment avez-vous commencé dans le D.A. ?

Bernard Deyriès : J'ai commencé à Tours en 1974 avec Jean CHALOPIN dans la société DIC. Nous faisions des dessins animés publicitaires. Peu à peu on s'est agrandi, on a fait des films institutionnels (comme Archibald le magicien) puis l'envie est venue à Jean CHALOPIN de faire des séries. Il est parti au Japon et a monté Ulysse 31 en 79 avec la TMS (Tokyo Movie Shinsha). Ce fut la première coproduction franco-japonaise. Je l'ai donc rejoint.

Yo : Qu'est-ce qu'un réalisateur?

BD : C'est celui qui met en scène, qui décide qu'à tel endroit ce sera un plan large ou un gros plan et qui dispose d'une technique à la fois plus riche que la vue réelle (on peut placer les personnages n'importe où, voire dans un imaginaire débridé) et plus limité, car le jeu des acteurs est moins ouvert. Un réalisateur a aussi connaissance du budget puisqu'il le signe. Au cours de la production, on essaie toutefois d'obtenir des petits plus comme des effets spéciaux. Mais avant tout le réalisateur a un rôle artistique, car il est reconnu par la loi française (et certains autres pays) comme un auteur.

Yo : Quel est ou quels sont les DA que vous avez eu le plus de plaisir à réaliser?

BD : Ulysse 31 (pour le contenu et parce que c'était le premier), le pilote d'Inspecteur Gadget sur lequel j'étais directeur artistique. Les Mystérieuses Cités d'Or aussi. Ce dessin animé m'a séduit pour son concept et m'a permis de travailler avec la NHK, de découvrir des équipes différentes de la TMS (MK production et Studio Pierrot). J'ai aussi beaucoup aimé Les Minipouss, car on a commencé par trois épisodes spéciaux qu'on a monté en long métrage après, avec un budget plus important et l'occasion de travailler avec Christian Choquet à l'intérieur des équipes japonaises durant six mois. Ce travail de proximité reste un très bon souvenir. Il y a eu ensuite la grande vague des séries aux USA (Pole position, Jayce), coproduites avec les compagnies de jouets. Mais ce ne sont pas de grands souvenirs, car on y a injecté moins de créativité. J'ai beaucoup aimé Kissifur, un dessin animé avec un petit ours et son père vivant dans la jungle (vu sur Canal + ). En France, ce fut Gargantua et Les Pastagums. Il y a aussi Bambou et Cie (sur TF1) même si je ne l'ai pas initié. C'était une série en difficulté. Prévue pour 52 épisodes, il n'y en avait eu qu'un (trop court) sur lequel avaient planché quatre réalisateurs avant moi ! Aujourd'hui elle est terminée.

Yo : Que pouvez-vous nous dire sur Arsène et Cie, un DA que vous avez réalisé, mais qui n'a jamais été diffusé? (Deyriès devait réaliser la suite d'Edgar, détective cambrioleur.)

BD : C'est le vieux truc que je regretterai toute ma vie. Cette série d'origine nippone intitulée Lupin le 8e faisait suite à Lupin le 3e créé par Monkey Punch. L'action se situe dans l'espace, cinq générations plus tard. Lupin habite un grand dirigeable qui se ballade au-dessus d'un Paris futuriste. Six épisodes ont été fabriqués, puis on s'est arrêté. Les japonais avaient oublié de vérifier si les droits étaient libres ! Ils appartenaient encore pour quelques années à la famille de Maurice Leblanc (créateur français d'Arsène Lupin) et étaient trop cher... TF1, alors chaîne publique, voulait diffuser Arsène et Cie de 20h30 à 21h. C'était un D.A. familial dans le style de Columbo, bénéficiant d'un beau budget.

Yo : Que pensez-vous du DA nippon?

BD : Les japonais apportent un nouveau souffle par rapport à Disney, avec de vraies histoires, des héros par forcément manichéens. Ca peut être aussi farfelu : au début dans Dragon Ball, il n'était pas rare de voir un écran se baisser pour symboliser la nuit qui tombe ou surprendre une fille se sauver dans le coin de l'écran en tenant ses seins dans ses bras. C'est rigolo, il ne faut rien y voir de scabreux! Arsène et Cie s'inspirait un peu de tout cela...

Yo : Est-ce facile de travailler avec les japonais?

BD : Au temps d'Ulysse 31, non ; aujourd'hui, oui. Par contre, j'ai été déçu par les USA. Les concepts y sont souvent les mêmes, trop manichéens. Avec les japonais, on a travaillé sur des concepts forts avec des héros parfois ambigus (voir Mendoza dans les Cités d'Or). Les japonais ont des références proches du cinéma français. J'aimerais retravailler avec eux sur un D.A. comme les Cités d'Or. (Note de Gwenaël : Moi aussi !!)

Yo : Le DA français se porte-t-il bien?

BD : Il se porte du mieux qu'il peut. Quand j'ai débuté, il ne portait pas du tout! On coproduit beaucoup, le CNC (Centre National de la Cinématographie) soutient la production. On développe ainsi un savoir-faire professionnel.

Yo : Le DA français s'exporte-t-il mieux?

BD : Oui, mais pour cela il doit d'abord s'exporter en Amérique du nord. Sa qualité professionnelle et industrielle est reconnue. Tous les bons animateurs formés à l'école CFT Gobelins sont pris par les américains et les anglais ! Samba et Leuk le Lièvre

Yo : Quels seront les prochains D.A. de Story?

BD : Christian a fini pour Marathon Samba et Leuk et co-réalise actuellement Les Aventures du Père Noël. On travaille aussi pour Ellipse sur les story-boards de Fennec. On prépare aussi également Les malheurs de Sophie et une série sur l'origine des mots.

Propos recueillis par Pierre Faviez.
Interview issue de Yoko / juillet-août 1996.

Cette interview est tirée du site top-méga-giga-trop-fort
de Gwenaël LONGO des Mystérieuses Cités d'Or

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