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des coulisses de la série

 

 

2- Animeland n° 14
Bernard DEYRIÈS - [
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Le rôle du réalisateur dans un DA

Le réalisateur est le poste le plus important dans la fabrication d'un dessin animé. c'est lui qui va diriger toute l'équipe de l'écriture du scénario, au story-board (enchaînement des scènes du DA sous forme de BD), à la direction des animateurs, des dessinateurs jusqu'à la phase finale du doublage et du mixage.
 

Bref, il est le chef d'orchestre du produit. Pour plus d'informations, je vous invite à relire l'article sur les techniques du DA paru dans le n° 12 d'Animeland

AnimeLand : Comment devient-on réalisateur de dessins animés ?

Bernard Deyriès : Déjà je pense qu'il faut d'abord savoir dessiner bien qu'à mon avis, ce ne soit pas obligatoire. En effet, on communique toute la journée avec des gens qui dessinent et c'est donc mieux de pouvoir communiquer dans le même langage. En plus, vous avez alors le plaisir de faire votre story-board vous même, donc votre mise en scène, vous la faites très détaillée, comme vous l'avez voulue et si ça ne marche pas, vous n'avez à vous en prendre qu'à vous même, tandis que si vous passez par l'intermédiaire d'artistes, c'est souvent compliqué et ce n'est jamais tout à fait comme vous voulez.

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Bernard DEYRIES fait partie des grands noms français du DA à la télé. Avec Jean CHALOPIN, il fût un des pionniers de l'animation en France en réalisant en 1981 la première co-production franco-japonaise, Ulysse 31, puis un an plus tard, les fameuses Mystérieuses cités d'or.

Il a aussi travaillé pour les Américains avec Jayce et les Minipouss et il est finalement revenu en France pour fonder sa propre société, Story qui réalise la pré-production des séries françaises. après don plus de 10 ans de carrière, il était intéressant qu'il nous donne son point de vue sur sa carrière et le monde de l'animation
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Ensuite, il faut faire des écoles de dessin ou de cinéma. Il y a une école en France qui s'appelle le C.F.T. Gobelin 1 qui est financée par la Chambre de Commerce de Paris et qui est la seule école en France à vraiment assurer une formation en dessin animé. Bien sûr, ils ne forment pas de réalisateurs directement parce qu'on n'en forme nulle part, mais ils forment des animateurs, des  décorateurs ou même des gens pour travailler sur l'animation en 3D et ce sont de bonnes bases pour faire un jour, de la réalisation. Mais n'oublions pas que pour faire ce métier, il faut avoir envie au départ de raconter des histoires, de se dire en lisant un récit " tiens, ce serait formidable à l'écran ". C'est un métier où l'on doit connaître beaucoup de choses, beaucoup sur tout et très peu sur rien si je puis dire.

AL : Quels sont vos projets actuellement ?

BD : A part une nouvelle série de 26 épisodes des Pastagums, je prépare pour France 3 une grande série sur l'adaptation de toute l'œuvre de la Comtesse de Ségur. On va commencer par 26 épisodes de 26 minutes sur les quatre premiers romans qu'elle a écrit, et si ça marche, j'espère que petit à petit chaque année, on pourra compléter la collection. C'est un projet qui me tient beaucoup à cœur car la comtesse de Ségur, ce sont des ouvrages que j'ai lu quand j'étais tout petit, et qui sont toujours resté en moi.

MaskAL : Vous qui avez travaillé dans les plus grands pays producteurs de dessins animés du monde, que pensez-vous de la Polémique face aux dessins animés japonais qu'on juge mal animés, dépourvus d'histoire, violents, etc. ?

BD : Premièrement, je ne pense pas qu'ils soient dépourvus d'histoire. Les Japonais ont au contraire un sens du scénario qui est très proche de celui des Français. Quand j'ai travaillé là-bas, j'ai vu que les gens lisaient beaucoup et notamment des grands classiques français car la France est très reconnue artistiquement au Japon. Un grand nombre de réalisateurs japonais m'ont parlé de leur apprentissage et c'était souvent à partir de films français.

Donc, moi je dis que ça ne manque pas forcément d'histoire mais ce n'est peut-être pas forcément la même culture. Les histoires qu'on nous propose ici sont traduites, elles passent en français et elles ne contiennent peut-être pas le même fond culturel et du coup, on considère ça comme quelque chose de simpliste parce que tout ce qui reste, ce sont des mots, des mots très simples qui traduisent par exemple " bonjour, comment ça va ? ", mais derrière un " bonjour, comment ça va ? " au Japon, il peut se passer beaucoup de choses, et c'est pour cela qu'on dit que c'est pauvre en scénario.

Deuxièmement, c'est vrai que les Japonais ont une société plus évoluée, mais dans le sens où la violence est considérée là-bas comme faisant partie de l'éducation. Les Japonais s'autocensurent et si il y a de la violence à l'écran, en revanche dans la vie il y en a très peu, ça fait partie de leur civilisation et ils considèrent que la violence à l'écran ou dans les livres, c'est une sorte de soupape.

Enfin, la qualité, c'est un problème de budget parce que les Japonais préféreront passer plus de temps sur une ambiance, sur les décors, la mise en scène et moins sur l'animation elle-même. Mais je vous assure que quand on parle avec les réalisateurs nippons, on sent bien qu'ils ont voulu faire passer une véritable histoire, une continuité à l'intérieur, quelque chose de plus émotionnel dans leurs dessins et que l'animation était un peu secondaire.

AL : Justement, j'ai personnellement un peu l'impression que les productions françaises font le contraire maintenant, qu'elle abandonnent l'originalité des scenarii pour laisser plus de budget à l'animation, mais du coup, tous les dessins animés finissent par se ressembler, se calquant sur un modèle américain, non ?

Les mystérieuses cités d'orBD : Oui, c'est vrai qu'on retrouve ce type de monde manichéen avec les gentils d'un côté, les méchants de l'autre, ce sont les productions qui s'internationalisent ! Mais pour monter une série de nos jours, il faut obtenir le financement de plusieurs télévisions et il faut donc tenir compte de toutes les cultures des pays où ça va passer. Les plus grands marchés sont bien sur américains, japonais et européens, on arrive donc petit à petit à faire des produits qui se ressemblent et qui sont un mélange des goût de tout le monde, avec des contraintes ; par exemple, on ne doit pas montrer telle chose parce que ça ne plait pas dans tel pays. Dans certains pays à la fin, c'est vrai, ça parait mièvre à côté... Bien sur à notre niveau on essaye de combattre cela en essayant à chaque fois d'en faire passer un peu plus.

AL : Mais est-ce que cela vaut bien le coup de sacrifier nos séries pour la conquête de ces marchés, notamment les Etats-Unis qui finalement ne nous achètent malgré tout, malgré nos modifications, quasiment aucune série ?

BD : C'est le même problème pour le cinéma. C'est vrai que les Américains n'aiment pas trop ce qui vient de l'étranger parce qu'ils ne comprennent pas, parce qu'il n'y a pas les mêmes concepts. Je me rappelle justement que le point commun entre la France et le Japon, c'est qu'un personnage méchant pouvait être à double face, c'est à dire qu'il peut ne pas être foncièrement méchant, il avait parfois des bons côtés, quelque fois il pouvait même se racheter, ce sont des personnages plus complexes, plus imprévisibles et c'est un peu comme dans la vie, personne n'est vraiment un monstre, et personne n'est non plus un saint, il y a donc des failles dans nos héros, et les Américains n'aiment pas ça. Le héros il est bien et le méchant il sera méchant toute sa vie.

AL : Et le côté " suite", vous ne trouvez pas qu'on se tourne de plus en plus vers des séries avec des épisodes " indépendants " ?

Filmographie
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1981

Ulysse 31 FR3
1982 Les mystérieuses cités d'or A2
1983 Inspecteur Gadget
Arsène et compagnie
FR3
Jamais diffusé
1984 Les Minipouss TF1
1985 Pole position
Foofur
Rainbow brite
Jayce et les conquérants de la lumière
TF1
Canal+ / A2
Canal+ / TF1
TF1
1986 Mask
Les Popples
TF1
TF1
1987 Dame Boucleline Canal+ / TF1
1990 La compèt A2
1991 Sophie et Virginie TF1
1992 Les jumeaux du bout du monde
Cupido
Omer et le fils de l'étoile
TF1
A2
Canal+ / TF1
1993 Gargantua
Conan
Les pastagums
France 3
M6 / TF1
Canal J / France 3

BD : C'est aussi le côté international, car de plus en plus, il faut vendre des épisodes qui peuvent se voir indifféremment. Vous n'avez jamais vu la série, il faut que vous puissiez voir un épisode séparément. Là aussi, ce sont des questions commerciales et c'est un peu dommage je trouve. Par exemple dans Les mystérieuses cités d'or, on avait fait 39 épisodes qui se suivaient. On pouvait quand même voir quelques épisodes séparément mais il fallait suivre toute l'histoire et ce sont justement des séries comme cela qui ont eu le plus de succès.

AL : A propos des Mystérieuses cités d'or, la fin laisse un peu en suspens, n'y avait-il pas une suite de prévue ?

BD : Non, c'est un peu comme dans le livre dont a été tirée la série. Ça laisse sur un autre voyage qui démarre (NDLR : la quête des six autres cités d'or), un peu comme la vie. Là ce n'était pas volontaire mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de séries qui finissent comme cela pour pouvoir faire une suite.

AL : Parmi toutes les séries que vous avez réalisées, laquelle reste votre préférée ?

Ulysse 31BD : J'en ai pas mal, mais Ulysse 31, parce que c'est la première, reste mon bébé favori avec les Mystérieuses cités d'or. J'ai beaucoup aimé aussi Les Minipouss car c'était mon premier concept pour les Network américains et ça s'est passé dans de très bonnes conditions : conception aux Etats-Unis avec une équipe française, et ensuite fabrication au Japon où là, j'ai eu une équipe formidable. des 3 premiers épisodes, on a même tiré un long-métrage, Le film des Minipouss que vous avez peut être vu.

Enfin plus récemment, il y a Gargantua, parce qu'on y a mis vraiment notre cœur, les Pastagums, parce que le monde de Pef m'a beaucoup plu graphiquement. Bien sûr ça ne veut pas dire que je n'aime pas les autres mais pour ceux-ci, à chaque fois, ça a été quelque chose de nouveau que j'ai commencé.

AL : Et parmi les autres dessins animés qui passent actuellement ?

BD : J'aime beaucoup Batman qui passe sur France 3, parce que c'est très bien réalisé, les histoires aussi malgré le fait qu'elles soient américaines, donc relativement simples, mais c'est surtout le graphisme que je trouve très beau et cette manière de traiter ça toujours en ombres et en lumières me séduit beaucoup. A mon avis ils ont du se battre pour y arriver car je connais l'équipe qui a fait Batman, c'était des anciens qui ont travaillé avec moi à Los Angeles quand j'étais à DIC Los Angeles, je sais qu'ils ont essayé de faire plus pour les histoires parce que je connais leurs goûts et ce sont des gens qui veulent raconter des histoires un peu complexes, mais je pense que les producteurs ont du leur dire " Attendez ! Un peu de calme ! On veut des histoires simples comme d'habitude ", donc c'est un bon compromis.

AL : Est-ce que vous avez un rêve, une ambition particulière que vous aimeriez réaliser ?

BD : Il y a pleins de sujets qui m'intéressent et que j'aimerais traiter, un de mes rêves qui va justement se réaliser, c'est la Comtesse de Ségur. J'aimerais aussi faire du long-métrage ; j'en ai déjà fait aux Etats-Unis avec Les Minipouss ou Raimbow Brite, qui ont été bien accueillis. Enfin, mon seul rêve de toutes façons, c'est de continuer à faire du dessin animé.

AL : Mais ce n'est pas difficile de faire un long métrage d'animation en France ?

BD : Oui, surtout en Europe, parce que dès qu'on sort de Disney qui se vend bien parce qu'il est connu, les parents y vont en toute conscience et les enfants aussi, dès qu'on sort d'Astérix qui est connu aussi, dès qu'on sort d'un personnage connu qui a été prouvé avant, il est très difficile d'avoir l'argent des producteurs pour pouvoir fabriquer un film parce qu'ils ne veulent plus prendre de risques sur des choses nouvelles. En plus, une fois le film sorti, on en parle peu car il y a très peu de journalistes qui connaissent bien le sujet et ce genre de production passe en général complètement inaperçue. C'est bien dommage étant donné que de nos jours, la presse y est pour beaucoup dans le lancement d'un produit.

Pole positionEnfin, ce qu'il faut dire, c'est que le dessin animé est toujours connoté en France comme aux États-Unis pour les enfants, alors que la grande différence justement avec le Japon, c'est que le dessin animé est pour tous. Je me souviens là-bas avoir été au cinéma à 20 h 30 et avoir vu des adultes qui attendaient pour voir un dessin animé. Alors quand on dit " dessin animé pour adulte ", ce n'est pas forcément avec des choses pas bien à l'intérieur, érotiques, ou ce genre de choses, pas du tout, c'est parce qu'il y a une histoire un peu plus complexe, plus fournie, un peu comme ce que l'on passe à 20 h 30 à la télé ici. Là-bas, le dessin animé marche très bien pour tous, et il n'est pas considéré comme étant quelque chose de réducteur pour les enfants.

AL : Merci beaucoup !!

1 : CFT Gobelin 73,
bd Saint Marcel
75013 PARIS
Tél: (16) 40 79 92 79

Propos recueillis par Olivier
Cette interview est issue de l'excellentissime mensuel Animeland n° 14 - Mai 1994

Ulysse 31, Les mystérieuses cites d'or, Les Minipouss, Mask, Pole Position @ C & D

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